Josef Sudek

Josef Sudek, le triomphe de la lumière.

Josef Sudek, le triomphe de la lumière, une rencontre profonde et significative, un envoûtement, des éblouissements. Se retrouver ensemble dans la beauté des choses, dans la matière, incorporée à la lumière et l’ombre. Quelque chose commence… Ça s’attarde, ça s’éternise, ça reste comme imprégné. La lumière respire. Elle s’aventure, c’est certain, manifeste et sensible. Elle touche mes yeux. « Je voudrais raconter la vie des objets, représenter du mystérieux, faire voir la septième face du dé » dit-il.

Regarder les tirages originaux est une nécessité… [L’occasion nous est donnée puisque l’Institut Canadien de la photographie du Musée des Beaux-Arts du Canada, en collaboration avec le Musée du Jeu de Paume nous propose « Le monde à ma fenêtre » une sélection de 150 œuvres, de 1920 à 1976 ].


Labyrinthes - josef-sudekJ’ai imaginé cet article comme une déambulation, un dédale, des rapprochements mesurés, assortis de paroles de Sudek et de sa sphère familière.
Dédale
, [inventeur, statuaire et architecte] enfermé avec le Minotaure qu’il a créé, dans le labyrinthe qu’il a construit sur la demande du roi Minos… d’où ils sortirent grâce au fil d’Ariane… Josef Sudek a conçu des Labyrinthes… Je suis à jamais fascinée par le chaos de son Atelier en contrepoint de ses images.

« J’ai commencé dans le désordre, et je vais finir dans le désordre. Portrait de Josef Sudek 1929 par Adolf SchneebergerOubliez d’essayer de garder les choses en ordre, vous pouvez y perdre la moitié de votre vie. Je sais qu’il y a quelque chose dans ce fatras. Il pourrait bien être là. Je cherche, mais je ne le trouve pas. Entre-temps, pourtant, je trouve autre chose. Vous trouvez toujours quelque chose. C’était rose, maintenant c’est vert, alors vous devez trouver quelque chose à faire avec le vert. C’est la recherche, qui est le sujet. »


Un brin d’histoire

Josef Sudek, un brin d'histoire


Josef Sudek et la photographie !

[Pour chaque photographie de l’article, correspondent un nom d’auteur, une légende. Passez la souris sur l’image pour la lire.] 

Josef Sudek, Kölin, à l'est de Prague

En 1911, Josef Sudek commence à faire des photographies : des portraits, des paysages, des vues de Prague. Il fait aussi quelques autoportraits en garçon bien élevé, en voyou, en dandy, en gars de la campagne…

Josef Sudek, premières photographies Josef Sudek, premières photographies   

Josef Sudek, premiers autoportraits en voyou, tenant un poignard Josef Sudek, premiers autoportraits

L’œuvre lumineuse !

En suivant le fil de sa vie, Sudek ouvre des espaces de travail, des Cycles. Certains se ferment et d’autres restent ouverts. Tout est lié : vivre avec ses amis, sa sœur et la musique, faire de la photographie avec un bras unique [et avec les dents], engager le choix des appareils photo et des procédés de tirage, exposer, publier et gagner sa vie.


Les Cycles des photographies de Josef Sudek

De 1911 à 1976Sudek a photographié Prague toute sa vie
Les portraits s’échelonnent de 1911 à 1976
1911-1915Autoportraits – Paysages – Portraits
1915-1918Italie – Natures mortes – Panoramas – Portraits de groupe
1918-1922Hôpital des Invalides – Compagnons de guerre – Paysages l’Elbe
1921-1926Prague et dimanche en famille sur l’île de Kolín – Paysages Kutná Hora
1924-1928La restauration de la Cathédrale St Guy à Prague – Portraits
1931-1940Photographie publicitaire
1940-1945Ile de Troja (Prague – Château de Troja)
1940-1966Ile de Střelecký (Prague – l’île des Archers)
1940-1958La fenêtre de mon atelier
1942-1954Femme voilée – Les Amants
1948-1959Prague panoramique et banlieue praguoise
1948-1964Une promenade dans le jardin magique (Otto Rothmayer)
1948-1973Labyrinthes [Labyrinthes en verre] et autres labyrinthes
1950-1974Janáček-Hukvaldy, village natal et maison de Leoš Janáček
1950-1973Natures mortes – Carnet de notes – Souvenirs de l’avion – Composition
1952-1970Forêt de Mionší , [dans la chaîne des Beskides, Bohême du sud-est]
1956-1962Most [Bohême du Nord-Ouest, Paysages industriels miniers ]
Carte des lieux où Josef Sudek va photographier

Carte des lieux où Josef Sudek va photographier

Ses appareils photo

Une dizaine d’appareils photo dont 4 panoramiques du format 1.8 X 2.4 inches [4,5 X 6 cm] au 11.8 X 15.7 inches [30 X 40 cm].
Josef Spálený lui a vendu un [le seul] appareil photo réflexe 9X9 cm [avec lequel il a photographié dans la cathédrale St Vitus].
Dès 1947, il photographie avec le Panoram Kodak n°4 [modèle fabriqué à partir de 1899]

Format 10 X 30 cm ouverture angulaire : 112° – vitesses d’obturation 1/10es. et 1/25es Format ⇒ Épreuve 8,7 X 28,6 cm

Appareil photo de Josef Sudek N°4 Panoram-Kodak  Appareil photo de Josef Sudek   Appareil photo panoramique

Tout jeune photographe, Sudek, fasciné par le panorama, mettait bout à bout ses tirages. [Vues panoramiques par découpage de négatifs-sur le Front italien] Dès la fin de la guerre, il essaie de dénicher le Panoram Kodak N°4 qu’il a vu dans un catalogue. [L’appareil n’est plus en fabrication] Chance incroyable, il en trouve un, oublié sur une étagère chez un ami qui le loge. [Il est alors en prises de vue dans les Monts Beskides]. L’ami le lui offre, mais il va falloir le remettre en état. Des mois passés à chercher comment remplacer le soufflet dont le cuir partait en lambeaux. Quand c’est fait, Sudek s’aperçoit qu’il n’existe plus de films pour ce format. À partir d’un stock de pellicules allemandes, coupant ici, collant ailleurs, il fabrique son propre film. Un soudeur lui bricole un carter pour maintenir la bobine qu’il faut ajuster en force sur l’appareil avant de l’utiliser. Chaque fois qu’il change de bobine, il doit le faire en chambre noire. Rothmayer lui donne l’idée d’utiliser un sac pour procéder au remplacement des films dans le noir, protégés de la lumière, [un manchon, donc !] d’une main, et avec les dents, parfois. Il lui fallait ne pas oublier son marteau et son tournevis.

©Josef Sudek Le pont Charles Prague 1960


Le laboratoire et les procédés de tirage de Josef Sudek

Josef Sudek dans son laboratoire


Josef Sudek a toujours fait ses tirages lui même
, dans son laboratoire. Il attendait des mois, parfois des années pour tirer certains de ses négatifs, pour achever un cycle. Dans les premières années, il fait des tirages à la gomme bichromatée, des tirages pigments, des tirages au charbon et au bromoil. Sudek est, à ce moment là, pictorialiste !
« parce que cela convenait à mon caractère romantique. »

Josef Sudek est à ce moment là de sa vie, pictorialiste  Les premiers tirages de Josef Sudek

 

 

 

 


 

Le noir de fumée pour le tirage au charbonLe tirage au charbon : Un procédé « pigmentaire » très stable.
[en 1855] Louis-Alphonse Poitevin remarque : exposée à la lumière, la gélatine devient insoluble quand elle est associée au bichromate de potassium et aux pigments. Il incorpore du noir de carbone* au mélange [gélatine+bichromate de potassium+noir de carbone]. Ce mélange est étalé sur une feuille de papier et après séchage, elle est exposée par contact avec un négatif, à la lumière. L’image est ensuite dépouillée dans de l’eau tiède. Les parties devenues insolubles retiennent les pigments. Selon l’épaisseur de cette gélatine pigmentée, l’image se forme avec plus ou moins de relief. Il est donc nécessaire, pour la garder plane, de la contrecoller sur carton.


2 techniques de tirage: Le charbon direct, le choix d’un papier texturé permet l’adhérence au support lors du dépouillement. Le charbon transfert [après 1860], après exposition la couche-image est transférée encore humide sur un autre support. [Des papiers pré-enduits seront commercialisés après 1860 : par exemple, les papiers au charbon satin de chez Fresson].

Sudek fait aussi ses tirages sur supports argentiques [gélatino-bromure d’argent] sous l’agrandisseur. Selon les appareils utilisés, les formats des négatifs sont sur verre ou sur plan-films, du 4,5X 6cm au 30X 40cm et10X30cm pour les vues panoramiques et en 1940. Après avoir vu dans une galerie un tirage-contact 30 X 40 cm d’une vue d’une sculpture de Chartres, admirant sa qualité, il reprend le tirage par contact.


La société des photographes

Cette partie mérite un article entier. J’y reviendrai donc. En quelques mots, Christian Joschke Les yeux de la nationc’est la grande période des photos club [lire l’ouvrage de Christian Joschke « Les yeux de la nation » sur l’émergence des clubs photographiques entre 1888 et 1914 ]. Des photos-clubs dont les membres se réunissent et organisent des expositions. [ Il n’y a pas encore de galerie] En 1921, il devient membre du Club tchèque des photographes amateurs à Prague, dont il est exclu avec 3 autres photographes, en 1922, malgré son premier prix catégorie Paysages.

Le trio Sudek, Funke, Schneeberger fonde la Société tchèque de photographie en 1924

Il prend alors parti pour une photographie non manipulée, refuse, [entre autre] l’usage abusif de la retouche. Tous les clubs amateurs qu’il a fréquenté lui ont fermé leurs portes, ne supportant pas ses prises de position photographiques. Il crée avec ses deux amis, Jaromir Funke et Adolf Schneeberger la Société tchèque de photographie en 1924


La traversée des courants artistiques

« …En pratique, ça tourne toujours différemment. En moi la théorie et la pratique sont toujours en désaccord entre eux. Je sais que un et un font deux, mais parfois, je pense que ce n’ est pas vrai. »

©Alvin Langdon-Coburn

Au moment où Josef Sudek commence [1911], le genre est [depuis 1880] naturaliste et pictorialiste à l’est comme à l’ouest. La pictorial Photography [photographie picturale] est théorisée en 1869 par Henry Peach Robinson dans son livre Pictorial Effects in photography [Effets picturaux en photographie]. Pour dépasser l’aspect mécanique et faire reconnaître la photographie par les Beaux-Arts, l’émulsion est travaillée, retouchée, grattée, peinte, transformée/ encres grasses, gomme bichromatée, oléobromie, tirage au charbon, fusain, virages colorés.

©Constant Puyo   ©Robert Demachy -Paysage 1925

 


 

 

Moholy-Nagy Photogram2Dès le début des années 20, nous assistons à la montée d’un anti-pictorialisme pour la Nouvelle Vision et toutes ses recherches expérimentales d’images. Certaines ne procédent pas directement d’un appareil photo, mené par László Moholy–Nagy. En 1929 à Stuttgart, l’exposition, Film und Foto (FIFO), FIFO Stuttgart 1929dénonce la mollesse de la photographie dite d’art. La Nouvelle Vision, c’est de la Pure forme spatiale, structure et matière, vision latérale, plongée et contre-plongée, lignes diagonales dynamiques et plans rapprochés.

Die Welt ist schön / Renger-PatzschSuivi par La Neue Sachlichkeit, la Nouvelle objectivité, mené par Albert Renger-Patzsch. En 1928 Die Welt ist schön (Le Monde est beau) propose de décrire de façon fidèle et réaliste le monde et les objets. Grâce à la lumière, une Netteté optimale, Précision extrême, brute et sans retouches, à la limite du scientifique. Gros plans, angles de champs spéciaux. Architecture et monde industriel autant que naturel, portraits en inventaire sociologique (August Sander).


L’école pluridisciplinaire du Bauhaus est fermée [en 1933 avec la montée du nazisme] et exportée à Chicago [New Bauhaus 1937]. ©Edward WestonEn l’espace de trente années, les mouvements artistiques auront été futuristes, cubistes, constructivistes, nettistes, suprématistes, abstraits, dadaïstes, expressionnistes et surréalistes. Aux Étas-Unis, c’est Edward Weston qui mènera le groupe f/64, pour une Straight photography [photographie pure]


  ©Jaromir FunkeJaromír Funke, dit dans un article [de Panorama 9] « La photographie est le processus de reproduction le plus parfait. Pourtant, à cause de la focale, de la distance et du format, ce n’est pas suffisant pour une expression directe et exacte de l’objet. Il n’y a rien d’autre à faire que d’utiliser toutes les vues possibles offertes par l’objectif photographique. Cette étrangeté de la vision humaine à travers la lentille est, dans un certain sens aussi, souhaitable, parce que l’œil humain a une impression étrange et similaire à regarder de grands objets, dans une sorte de vertige. [avec des effets de vertige](…)» (lire le texte des conversations de Kafka avec Gustav Janouch. Kafka parle de la lentille comme d’«une vertigineuse simplification de l’œil de mouche »)

En 1940 Sudek a cessé d’accepter des commandes de travail, et après la prise de contrôle communiste de 1948, il refuse de laisser les normes du réalisme socialiste imposées par l’État [qui trouve ses photographies trop personnelles] affecter ses propres idées, et ce qu’il a à faire.


Josef Sudek, et ses assistant-e-s

Avec un bras manquant et une lourde chambre en bois à transporter [malgré une hernie discale],Josef-Sudek-1964 un sac en bandoulière avec des chassis contenant les plaques négatives, des lentilles, un tissu noir [éviter la lumière diffuse et mieux voir sur le dépoli] Josef Sudek a toujours eu des assistant-e-s de façon plus ou moins officielle. Mais il ne voulait de l’aide que lorsque cela lui était absolument nécessaire.

Josef Sudek et Sonja BullatySonja Bullaty : [Son père lui a offert pour ses quatorze ans un appareil photo] elle répond à une annonce dans le journal de Prague appelant à un assistant de chambre noire. C’est Sudek qui a passé l’annonce. Elle a échappé à la Marche de la mort, après avoir été en captivité [elle avait 18 ans] dans le ghetto de Lodz, puis déportée à Auschwitz et Gross-Rosen. Elle est de retour à Prague, personne de sa famille n’a survécu. Elle prépare la chimie, l’observe au labo, parcourt la ville avec lui. En 1947, départ pour États-Unis où elle sera photographe. Elle emporte avec elle des tirages et contribue à faire connaître Sudek aux États-Unis.[Il lui a donné son autorisation pour le représenter, elle organise une exposition en 1971]. Son livre sur Josef Sudek est édité en 1978.

Petr HelbrichDevenu médecin,[en 1953] Petr Helbrich [né à Prague en 1929…] travaille à Jablunkov en Moravie. [sud-est de Prague]. Il commence à photographier en 1948. Il y fait la connaissance de Josef Sudek, venu photographier dans la forêt des Beskides, et lui propose de découvrir Mionší. Petr Helbrich devient son assistant de 1952 à 1970. Il reçoit des commentaires critiques et des conseils sur ses photographies. Sudek lui a donné son premier appareil photo grand format. L’influence de Sudek sera profonde sur son propre travail.

Jiří Toman : 1924-1972Jiří Toman : [1924-1972- Originaire de Kolín comme Sudek], photographe, illustrateur de livres, engagé dans le film d’animation, écrivain, Jiří Toman a participé comme assistant à environ un quart du Cycle Panorama sur Prague [à partir de 1945]. « C’était un incroyable accomplissement sportif. Nous étions en route au plus tard à huit heures et demie le matin et ne rentrions qu’au coucher du soleil ». Jiří Toman était très enthousiaste. Il a construit, réparé, acheté des appareils, des lentilles, des chassis et des films et organisé des expositions à Pardubice [À l’est de Prague)]. Il est progressivement devenu un partenaire et ami de Sudek, leur correspondance en atteste…!

Jan Rothmayer : 1932- 2010Jan Rothmayer : [1932- 2010] a été l’assistant de Sudek dans les années 1950 pour le Cycle Panorama sur Prague. Sudek fréquente la maison de ses parents (son père est l’architecte Otto Rothmayer). Il travaille jusqu’en 1996 à la Télévision tchécoslovaque

 

Jaroslav Kysela [1913-2004] médecin tchèque [ophtalmologiste] journaliste et photographe. Une partie de son travail a été perdu en 1942. Diplômé de l’École Nationale des Arts Graphiques à Prague. Membre du Club tchèque des photographes amateurs.

Jan Strimpl [né en 1947…] a été le dernier assistant de Sudek en 1974, pour la préparation de plusieurs expositions rétrospectives : à la Galerie morave de Brno (au sud-est de Prague), au Musée des Arts décoratifs de Prague, à la Galerie Lichttropfen. (Aachen, en Allemagne). Pendant deux années, ils ont revisité une grande partie des archives et fait ensemble des centaines de tirages-contact ou agrandissements de négatifs [certains datant des années 20].


Josef Sudek et la mort

Il parle de son enfance comme d’un paradis dans lequel la mort est extrêmement présente. [lorsqu’il naît, le 17 mars 1896, Vaclav et Johanna, ses parents viennent de perdre le premier né en bas-âge Josefin, née le 12 avril 1895]. Dans une rédaction dont le sujet est Le réveillon de Noël, il écrit : « Maman alluma les bougies et dit : Celui dont la bougie s’éteindra la première, mourra le premier » Au dos de la feuille, il a dessiné deux squelettes !

Josef a deux ans lorsque son père meurt d’une pneumonie. Johanna part s’installer avec ses deux enfants à Nové Dvory, sa ville natale, chez des cousins boulangers. Mais à peine, six ans plus tard, ceux-ci meurent, Josef devient chef de famille, il hérite de la maison et de la boulangerie, il a huit ans.

La nuit qui suivit l’offensive de Kadaň, il a une vision : « Je me souviens avoir vu la Mort à ce moment-là. J’avais une fièvre de cheval (…) Soudain une porte s’ouvrit à l’autre bout de la pièce, et une silhouette sans tête entra (…) Le corps lui même était recouvert d’un drap blanc qui lui faisait comme un suaire. Je savais que c’était la Mort, alors j’ai attrapé un verre sur la table de chevet, et je l’ai lancé vers elle en criant que je ne voulais pas mourir ! Le verre s’est fracassé, la silhouette a disparu, et une infirmière est venue voir pourquoi j’avais déclenché tout ce raffut. Au matin la fièvre était tombée (…) »

Deux Guerres mondiales, moins un bras

Josef Sudek Ses Compagnons soldats Josef Sudek en 1916 Sur le front italien, il fait des photographies

 

 

 

 

1915. Pourtant déclaré inapte, il est mobilisé fin décembre dans l’armée de réserve à Kadaň, [en Bohême du nord-ouest] et envoyé en 1916 sur le front italien. [près d’Udine]. « J’ai perdu mon bras droit pendant la onzième offensive. On nous donna l’ordre « en avant » mais pendant qu’on chargeait, notre propre artillerie se mit à nous canarder dans le dos. [une grenade des arrière-gardes autrichiennes, on appelle ça : un tir ami !] J’ai hurlé « À terre ! » aux autres gars, mais personne n’écoutait personne. J’étais allongé, là, et j’ai senti comme si une grosse pierre m’était tombée sur l’épaule droite. J’ai regardé autour de moi, mais tous les types qui étaient restés debout y étaient passés. J’ai rampé vers nos lignes, et quand j’ai atteint le boyau d’entrée, j’ai glissé et j’ai commencé à avoir mal. Ensuite j’ai perdu connaissance » Il a 20 ans. Après plusieurs opérations, les chirurgiens doivent l’amputer de son bras droit.

Les albums des années de guerreSudek a rapporté des albums de cette période. Dans les lettres qu’il adresse à sa mère et à sa sœur, il demande à Božena de lui envoyer ses premières photos pour les montrer à ses camarades. il Planches des albums de guerres’inquiète de savoir si la revue à laquelle il est abonné (Fotografický obzor) est bien arrivée. Il veut que Božena aille chez Mr Saska acheter une douzaine de plaques négatives (Hauff ou Ultrarapid orthochromatique [1,7 X 2.4 inches = 4,5 X 6 cm] pour l’appareil photo qu’il a emporté avec lui !


Josef Sudek n'a plus son bras droit au retour de la guerreIl annonce la nouvelle à sa famille, peu à peu. Josef Sudek n'a plus son bras droit au retour de la guerreIl commence par dire « La blessure est légère », puis en juillet il l’annonce : « Très chère maman, pardonne-moi de ne pas avoir écrit depuis si longtemps (…) Je pourrai rentrer à Kolín dans cinq ou six semaines, hélas, chère maman, sans mon bras droit…»

 


En 1923, pour un Congrès des vétérans de la première guerre mondiale, il va à Gand en Belgique. Le voyage se prolongent à Paris, en Suisse, en Allemagne et en Autriche. Il en profite pour prendre la mesure de tous les nouveaux mouvements artistiques.

La disparition de Josef Sudek

1926. Pour tenter de le sortir d’une humeur plutôt dépressive, des amis de l’Orchestre philharmonique tchèque l’invitent à les accompagner en Yougoslavie et en Italie à Milan. Suit un voyage et pour Josef un pèlerinage… « Nous sommes descendus le long de la botte italienne, et un jour, nous y sommes arrivés – je n’ai pas pu attendre la fin du concert. Je me suis perdu dans le noir, mais il n’était pas question d’abandonner. A l’aube, loin de la ville, dans les champs baignés de rosée, j’ai finalement trouvé l’endroit. Mais mon bras n’y était pas – seule la maison du paysan était toujours là. On m’y avait transporté ce jour-là, juste après ma blessure au bras droit. On n’a jamais pu me le recoudre ».

Sudek disparaît pendant deux mois. La police le recherche, tout le monde est plongé dans l’angoisse. Il réapparaît deux mois plus tard, à Prague. Il dira « Depuis ce moment-là, je ne suis plus jamais allé nulle part, et je n’en ai plus eu envie ». Un moment entre parenthèse, déposer l’extrême de sa blessure physique et psychique. Qu’a donc fait Josef pendant ces deux mois ?… Personne ne le sait. Je peux l’imaginer se perdant en lui même, pour se trouver, faisant le point sur ce bras disparu. Quelle idée de revenir chercher ce bras perdu ! Il savait forcément qu’il ne le trouverait pas, dix ans après ! Revenir dans le lieu où il a vu ses camarades se faire tuer et où sa propre vie a basculé. « La guerre a détruit mon bras et j’ai fini par le perdre complètement. Bien sûr, ça ne m’a pas fait très plaisir, mais je me suis consolé en pensant que j’aurais pu perdre la tête. C’eût été bien pire ».

Quatre ans plus tard [le 10 février 1920, il a 24 ans] il se dé-baptiser de l’Église catholique.[demande la suppression de son nom sur les registres paroissiaux pour ne plus être compté comme membre].

Les première et seconde périodes d’études.

École primaire à Nové Dvory, (1902-08) – Groupe d'élèves classe de reliureÉcole royale des métiers (à Kutná Hora 1908-10). Son travail scolaire est faible, il n’aime que les livres. ! Il intègre un apprentissage pour trois ans à Prague chez le relieur František Jermann. En août il reçoit son certificat de la Guilde des relieurs. Pour son premier emploi, il est assistant d’un relieur à Nymburk. [au nord de Kolín]

Karel Novák dirige la classe et organise des discussionsEn 1921, [au retour de la guerre] il entre à l’École d’Arts Graphiques avec une bourse d’étude.Josef Sudek apprend la photographie Karel Novák dirige la classe, organise des discussions. Il montre aussi des photographies d’Edward Weston, de Clarence Hudson White, de Josef Růžička, et de František Drtikol. Sudek trouve sa conception de la nature morte trop superficielle, mais apprécie les échanges et sa forme d’ouverture. Sudek se forme à la photographie. Il possède plus que les bases de la technique, il se vante de juger la lumière à l’œil nu, il a de solides connaissances en chimie, en optique, en typographie. Il veut maîtriser un savoir-faire… [Il obtient son diplôme en 1924].

L’Elbe, la Maison des Invalides, Prague, l’île de Kolín

©Josef Sudek - L'Elbe 1924Après l’amputation de son bras droit, et son retour à la vie civile, Sudek est logé au foyer des Anciens Combattants à Prague. [et se rend régulièrement Kolín où sa famille habite] «… J’avais un appareil vraiment minable à cette époque… dans ce coin là, la campagne est assez quelconque, mais je trouvais toujours quelque chose à photographier »… Le long de l’Elbe, un jour, de printemps naissant, il rencontre Spálený [fermier et photographe-amateur], qui le met en contact avec Jaromír Funke… « Nous sommes allés droit au but. Il avait 2 appareils, un 13X18 et un 4.5X6 cm. Nous sommes tombés d’accord pour aller photographier ensemble le jour suivant » Ils ont été très amis [jusqu’à la mort de Funke], ont partagé leurs idées, tout en restant indépendants, et ont divergé petit à petit dans leurs choix esthétiques.

©Josef Sudek - Prague - 1919 ©Josef Sudek - Kolín- 1924


La cathédrale Saint Vitus (ou Saint-Guy) – 1924-1928

[Katedrála svatého Víta : La construction remonte au 10ème siècle : Une relique de Saint Vit, cadeau de Henri L’Oiseleur, (roi de Francie orientale) au duc Venceslas Ier vers l’an 925. Sa forme actuelle (une cathédrale gothique) a été bâtie sous les ordres de Charles IV, en 1344]. Dessin de la cathédrale St Vitus. La lumière aux différentes heuresJaromír Funke, qui l’a aidé, raconte : « Pour obtenir cette magie dans ses photographies, Josef Sudek a beaucoup travaillé. Il attendait avec la patience d’un japonais pour décrocher l’alliance parfaite du soleil et de l’ombre dont il avait besoin. Il attendait pendant de longues heures et continué à venir encore et encore, semaine après semaine, mois après mois. Lorsqu’il sentait venir le bon moment, il courait sans tous les sens pour soulever la poussière qui donnerait aux rais de lumière cette épaisseur quasi palpable qu’il recherchait. Un homme, avec un seul bras, escaladant sur des échafaudages et grimpant aux échelles pour trouver le bon angle ; Et s’il lui arrivait de laisser échapper un plaque impressionnée, il redescendait en chercher une vierge et regagnait derechef son observatoire ! Il y est allé, il a vu, il a photographié ». Notes de travail pour les photographies de la cathédrale St Vitus. Et voici de que Sudek en dit : « L’architecture est toujours restée un fait, même si, en y ajoutant des rais de lumière et du clair-obscur, on pouvait rendre ce fait plus mystérieux, plus raffiné, plus complexe. C’est en travaillant sur le portfolio de Saint-Guy que j’ai affronté le problème de savoir comment photographier les statues et les reliefs en général… Et c’est de photographier une foule de tableaux, anciens et modernes, mais surtout des sculptures, qui m’a permis de faire la différence entre un fait objectif (matière, masse) et la vision romantique qu’on peut en avoir ».

©Josef Sudek - la cathédrale St Vitus.


La rencontre avec Otto Rothmayer et le jardin magique

Notes de travail de Josef SudekJosef Sudek et Otto Rothmayer [1892-1966, architecte] se rencontrent au Château de Prague. [Otto Rothmayer est chargé de sa restauration avec Josip Plečnik©Josef Sudek - La rencontre avec Otto Rothmayer et le jardin magiqueNotes de travail Josef Sudek] La beauté du jardin de la maison, construite en 1928, était si célèbre que Sudek demande à le visiter. Rothmayer lui, veut des photographies d’un prototype de chaise qu’il a conçu. C’est le début de leur amitié. Rothmayer aimait trouver des vieux objets et organiser des ambiances lumineuses étranges. Il était le magicien et Sudek, le photographe et l’organisateur des prises de vue. Il prend des notes, organise sur papier les clichés à faire. Il vit une période à tendance surréaliste.

©Josef Sudek - sa période surréaliste ©Josef Sudek - sa période surréaliste - dans le jardin magique


Les Ateliers de Josef Sudek

Au 4-32 de la rue Ujezd, la signature du bail se fait le 1er juin 1927.

Au 4-32 de la rue Ujezd, la signature du bail se fait le 1er juin 1927.

Son ami, Václav Sivko raconte : « Dans l’arrière cour d’un vieil immeuble, sous les grands marronniers, près d’un pommier rabougri, se dresse une petite cabane dont Josef Sudek a fait son atelier. Il vit ici, entouré des choses qu’il aime : les boîtes contenant les précieux négatifs sont empilées n’importe comment contre les murs, et seul Sudek est capable de s’y retrouver ; les profonds tiroirs de son minuscule bureau débordent d’objets de toutes sortes, les œuvres d’art y côtoient un bric-à-brac de fond de poche ; il y a aussi de grandes capes de photographes, noires et grises, un énorme appareil de prises de vues, des placards bourrés de disques ; les murs sont entièrement recouverts d’images, de tableaux, de statuettes, de carte, et le sol est encombré de débris de statues monumentales…»

À partir du mois d’avril 1959, le nouvel atelier au 24 rue d’Uvoz à mi-pente de la colline de Petřín. Tous les soirs Sudek va développer ses films rue Ujzed ©Josef Sudek Montée de la rue UjzedTous les soirs, Sudek développe ses films dans le laboratoire qui est resté dans l’atelier de la rue Ujezd. [Božena aussi]. Rue d’Uvoz, l’atelier est plus confortable, il y a même une douche. [en modèle réduit] et un réchaud à gaz. Mais tout ce qui entre dans l’atelier [cadeaux d’amis, objets, verres divers, documents, oublis des visiteurs, statuettes, souvenirs personnels], en plus du matériel photo, des négatifs et des tirages, n’en ressort jamais ! Et le nouvel atelier devient à son tour un véritable capharnaüm. À la mort de leur mère en 1950, divers mobiliers viennent se rajouter. Circuler est labyrinthique. !


Josef Sudek et l’administration

En février 1919, les autorités tchèques accordent à Josef Sudek une pension mensuelle de 72 Kčs pour incapacité totale de travailler. Pension complétée d’une allocation annuelle de 192 Kčs [pour blessure de guerre] l’administration lui propose un travail dans un bureau. Il refuse : il ne veut pas rester assis, il va devenir photographe ! Pour justifier d’un retard, auprès du collecteur des Impôts, il met en avant son invalidité. Il est débutant dans le métier – nous sommes en 1930 – il a du mal à trouver une clientèle, il vit dans un atelier pauvrement équipé, il n’a eu aucune aide professionnelle, et il conteste le montant des bénéfices qu’on lui prête ! [en fait, il accumule les succès commerciaux et artistiques]. Pour trouver un appartement, il harcèle l’administration, met à contribution ses amis et l’Union des Artistes, écrit à l’Académie des Sciences, mais un argument lui est opposé : les familles avec enfants représentent une réelle urgence à être logées.


Vitale est la musique…

Sudek fait un lien entre son amour pour sa mère, qui chantait toujours des chansons pendant qu’elle faisait la lessive, et celui pour la musique. Il aime Mozart, Bach, Vivaldi, Stravinski, ©Josef Sudek - Janáček - HukvaldyWebern, Antonín Dvořák , Bedřich Smetana, Leoš Janáček. « Au début, quand j’allais écouter du Janáček, je n’arrivais pas à savoir si l’orchestre était en train de s’accorder ou s’il avait commencé à jouer, alors je me disais : « Écoute, s’il est vraiment aussi grand qu’on le dit, c’est sans doute toi qui es stupide. Il y a forcément quelque chose là-dedans ! ». Je suis donc allé entendre Jenůfa encore etLes mardis de la musique chez Josef Sudek encore. Et là, alors que j’y étais pour la cinquième fois d’affilée, ce fut comme si le rideau s’était levé en plein milieu du second acte, et la cacophonie avait disparu… D’un seul coup, je perçus toutes les lignes mélodiques et je me dis en moi-même : « Nom de Dieu, voilà ce qui est grand là-dedans ! » Et la musique de Janáček, ne me quitta plus ». Moments musicaux. Tous les mardis soirs, dans la petite pièce, les amis se réunissent. « Certains étaient des habitués, d’autres venaient là par hasard, mais tous, sans distinction tombaient sous le charme de cet endroit simple et pittoresque, et de son occupant lui-même » raconte Sivko. Sa collection de disques est impressionnante.


Un document exceptionnel :fotograf a musika
Josef Sudek à Hukvaldy – village natal de Leoš Janáček
Fotograf a musika. Scénář a režie Eva Marie Bergerová [Écrit et réalisé par Eva Marie Bergerová ].


Božena Sudková , la sœur de Josef Sudek

Božena est née un an après Josef [16 octobre 1897]. À 14 ans, elle intègre l’atelier d’une cousine. [du côté de son père]. Bohumila BloudilováBohumila Bloudilová, une femme exceptionnelle pour l’époque, a reçu une formationBožena Sudková , la sœur de Josef Sudek de l’un des plus importants photographes tchèques de l’époque austro-hongroise. [František Krátký]. Elle a racheté un studio en 1911. [qu’elle appelle Rafaela]. Božena y est apprentie pour être retoucheuse. À la fin de son apprentissage, [juin 1914] elle reçoit un certificat mentionnant sa grande habileté pour la retouche négative et positive. Božena a dit ne pas se souvenir d’avoir eu envie de devenir photographe. Elle ne peut pas prédire que son frère allait perdre un bras, qu’il allait devenir photographe et aurait besoin d’une assistante et d’une retoucheuse.

Božena Sudková , la sœur de Josef Sudek fait la retouche des photographies de Josef  Božena Sudková , la sœur de Josef Sudek fait la cuisine

 

 

 

 

 

 

Božena devient l’assistante officielle de Josef. [pour un salaire mensuel de 650 Kčs (koruna česká), elle est enregistrée au régime de retraite à partir d’avril 1930]. Elle joue un grand rôle dans cet atelier. Elle fait la retouche, tient la maison comme elle peut, dans le désordre continuel. Elle fait la cuisine et la lessive pour eux deux, et à Kolín où vit leur mère, à qui elle rend visite régulièrement. Elle veille que les dates de livraison des commandes ne soient pas oubliées. Elle fait des petites notes « acheter de la soupe, nettoyer les fenêtres propres, penser à avoir du charbon, couper les branches, retoucher les agrandissements, envoyer le contrat à Artia, comité de rédaction, faire réparer les chaussures ». Božena aussi a ses zones d’ombre. Elle écrit sur des morceaux de papier qu’elle accroche où elle peut, la date et le nom des nouveaux décèsElle vit rue Ujezd jusqu’en 1985. [date de l’incendie du studio]. Josef a déménagé rue d’Uvoz. Elle est l’héritière légitime de l’œuvre de Josef. [elle en fera don au Musée des arts décoratifs de Prague]. Elle meurt le 1ermai 1990 à Prague. Božena aussi a ses zones d’ombre. Alors que Josef est un accumulateur compulsif, elle écrit sur des morceaux de papier qu’elle accroche où elle peut, la date et le nom des nouveaux décès (de proches et de personnalités).

Les amis de Josef Sudek

Josef Sudek a de nombreux amis avec qui il écoute de la musique, fait de la photographie. [N’avoir plus qu’un bras ne l’a pas empêché de mener son travail, mais de l’aide lui est indispensable]. Il s’organise pour les expositions et les publications, échange au quotidien. Il collectionne František Tichý, Václav Sivko, Emil Filla, Andrej Bělocvětov, entre autres. Entre 1930 et 1945, il a accumulé environ un millier d’œuvres : des peintures, dessins, tirages et sculptures mises à l’abri en 1938 aux Archives régionales de Prague et aide financièrement quelques amis artistes. Il n’hésite pas à héberger [dans sa cabane déjà minuscule] pendant l’Occupation, à employer Václav Sivko, pour lui éviter le service obligatoire. Malgré sa rupture avec Adolf Schneeberger, en 1929, il insère ses images dans son livre Prague.

Petite biographie de Jaromir Funke

Petite biographie de Václav Sivko

Petite biographie de Jaroslav Seifert

Milena Vildová, danseuse et actrice, [amie de Václav Sivko] Milena Vildová, danseuse et actriceentre dans la vie de Sudek en 1942, intéressée par les « mardis musicaux ». Une longue et profonde relation amicale les réunit jusqu’en 1950. Date à laquelle elle prend de la distance, ne comprenant plus les gens qui entourent Sudek, à ce moment là. Milena a rendu visite à Sudek quotidiennement, surtout pendant la guerre, elle voyait en lui une source de vitalité et lui reconnaissait une grande sensibilité et une culture profonde. « Si une personne se sentait mal, il allait chez Sudek. Avec lui, les gens se sentaient en sécurité, c’était la source de nombreuses amitiés. Sudek était un alchimiste, il reforgeait l’âme, mais seule une personne venue avec de bonnes intentions, avait une chance ! »

©Josef Sudek  - Milena Vildová - 1945    

Anna FárováJosef Sudek par Anna Fárová - Editions TorstAnna Fárová, a rencontré Sudek après la guerre. [« aux mardis musicaux »]. Une amitié est née au fil du temps jusqu’à devenir sa médiatrice pour ses visiteurs et pour ses œuvres. Elle organise la dernière exposition en 1976. [la première, en 1967, à la Galerie Václava Špály]. Après la mort de Sudek, et l’incendie de l’atelier de la rue Újezd (restauré en 2001), Anna Fárová a passé douze années à trier tout ce qu’il avait accumulé dans ses deux ateliers à partir de 1977. Sans aide, (puisque licenciéeelle a trié environ 20.000 tirages, 40.000 négatifs, et divers documents. Elle écrit et publie en 1995 [aux Éditions Torst].

Biographie d'Anna Fárová

©Josef Sudek

Rien n’est dit sur la vie amoureuse de Josef Sudek. J’ai cherché… [en anglais, en tchèque…]. Il est question de sa timidité, de ses relations entières et tumultueuses avec ses amis, des disputes sans retour, mais aussi des amitiés fidèles. Est ce du fait de son bras manquant ? De sa compulsion à accumuler ? Certains diront : L’amour sublimé dans l’art ! Ces suppositions sont-elles satisfaisante ? Peut-être aurons-nous des témoignages plus tard, mais est-ce si important ?


Expositions et publications

Exposition collectivefotografichy obzor n°1Cette partie mérite un article entier ! Josef Sudek a participé à un nombre signifiant d’expositions et de publications… à Prague et alentour et dans d’autres pays où il présentait ses photographies, régulièrement. [Salons photographiques en Europe et aux États-Unis]. Lors de son exposition praguoise [en décembre 1926] avec l’ Association des photographes- amateurs de Tchécoslovaquie [Edward Weston, Clarence White et 71 photographes tchèques y participent] Sudek expose 29 tirages, qu’il vend x5 plus cher que les autres exposants !

 La dernière exposition de Josef Sudek

©Ivan Dolezal - Anna Farova avec Sudek préparation expo 1976En août 1976, une grande rétrospective a lieu à Roudnice [nord-ouest de Prague]. Sudek a préparé cette exposition avec Jan Strimpl et Anna Fárová.

Josef Sudek à sa dernière expositionJosef Sudek qui n’allait jamais aux vernissages de ses expositions, fait une exception. Il fait le voyage avec Anna Fárová, qui fait le discours d’ouverture, approuve l’accrochage et monte à l’étage boire un verre de vin avec le conservateur.

Josef Sudek à sa dernière expositionLa salle se remplit de visiteurs, Josef Sudek ne descend pas ! Il est très timide et ne veut pas être le centre de l’attention. Après les discours, un petit orchestre a joué un peu de musique, les visiteurs ont admiré les œuvres exposées et peu à peu sont partis sans savoir que l’auteur de ces œuvres a observé toute la fête d’en haut !Josef Sudek à sa dernière exposition

 

 

 

 

Charles Sawyer à la dernière exposition de Josef SudekJosef Sudek dans son atelier© Source et Photographies de Josef Sudek : Charles Sawyer (avec son aimable autorisation) Professeur à l’Université de Harvard, journaliste blues et jazz, photographe. Lire son article Odyssey to Sudek [Sens Unic International cultural Association]

Début septembre, Josef Sudek se rend à une exposition des œuvres photographiques de son ami Jaromír Funke [à Kolín] et va se recueillir sur sa tombe, ainsi que sur celle de Johanna, sa mère. La maladie le rattrape, il meurt le 15 septembre 1976.

Anna Fárová raconte : « J’ai demandé à Jaroslav Seifert d’écrire la nécrologie, mais tous les acteurs ont refusé de la lire de peur d’être associé à un artiste en désaccord avec le régime. La seule exception a été le grand acteur tchèque Rudolf Hrušínský. J’ai gardé les cendres quelques jours, à la maison, jusqu’à ce que Božena vienne les chercher. L’urne est restée rue Ujezd, enveloppée dans du papier journal, cachée au milieu de tout le désordre, jusqu’à la mort de Božena en mai 1990. Seulement, alors elle a été transporté dans le caveau familial à Kolín »

Josef Sudek regarde la lumière !Sudek n’a pas laissé de testament, Božena est héritière de l’œuvre. Elle fait don au Musée des Arts décoratifs de tous les négatifs [≈27.300] et positifs [≈21.300] photographies, documents personnels, livres, sa collection de tableaux, dessins, gravures, statues et reliefs. L’ Atelier [qui a brûlé en 1985] a été reconstruit et transformé en musée en 2001. [L’Atelier de la rue d’Uvoz, en galerie.]

 

La reconnaissance de Josef Sudek est depuis longtemps©Josef Sudek - Nature morte - still in life internationale. Des expositions et ventes aux enchères, lui rendent hommage régulièrement. En novembre 2010, [Sotheby’s-Paris] un tirage a battu un record : avec une estimation à 18.000-23.000 € il a été adjugé à 300.750 €uros Une nature morte de 1952, 250 000 euros, et une autre, Vase et Rose Morte, 190 000 euros.

Sa devise était « Hâte-toi lentement ! »« Dès que j‘avais assez d’argent pour payer le loyer et manger, je fermais mon atelier et je photographiais pour moi-même. Le contact avec son propre travail ne doit jamais se perdre : on ne peut l’interrompre impunément plus longtemps que six mois, car ensuite on ne peut renouer avec soi-même. »


Les photographies suivantes sont de ©Tim Rautert -Josef Sudek 1967 – Prague


Petite note « toute personnelle » : Ce que Josef Sudek m’a appris :
Regarder la lumière, en elle même et en relation.
Ce que je veux, doit déjà être sur le négatif.

Seul ce qui m’importe et qui m’engage, compte.

©Colette Gourvitch - PragueJe suis allée à Prague en avril 2009 pour «retrouver» Kafka et Sudek. J’avais choisi mon hôtel [U Krale Karla Hotel] au 4 de la rue d’Uvoz, à côté de Son atelier. J’ai cherché de façon un peu désordonnée l’odeur de Sudek, j’ai pris le temps d’arpenter la ville avant de franchir le pas de la porte au 30 de la Ujezd… là où sa tête sculptée s’élance de la façade. J’ai posé mon trépied au cimetière juif de Prague et dans la ville. J’ai vu une très belle exposition d’œuvres de František Kupka, une autre sur Kafka et j’ai mangé dans les brasseries des Šopský salát, et Česká bramborová, et roštěnka se šunkou, ©Colette Gourvitch - Praguele svíčková na smetaně, les Knedlíky et des Bramborák, sans oublier les palačinky, jablkový závin et les koláče [pas tout le même jour, bien sûr! ] et j’ai flané le long de La Vltava. J’ai pris des bus jusqu’aux terminus et j’ai grimpé la colline de Petřín pour regarder Prague d’en haut. C’était avril et les arbres étaient en fleurs. Au musée des Arts Décoratifs, j’ai vu quelques tirages originaux…

 


Josef Sudek — «Жить своей жизнью» 1963

« Žít svůj život » [« Vivez votre vie »] Réalisateur : Evald Schorm [né en 1931 mort en 1988 à Prague. Réalisateur, scénariste et acteur.] (Extrait du DVD Josef Sudek production KRÁTKÝ FILM 2004 –en tchèque sous-titré en russe) Écouter la voix de Sudek, le regarder travailler !

[Le musée des Arts Décoratifs de Prague est en rénovation depuis janvier 2015 jusqu’en juillet 2017, espérons qu’une place de choix sera réservée à Josef Sudek !]

[L’exposition au Musée du Jeu de Paume est ouverte du 7 juin au 25 septembre 2016. Ensuite, au Musée des Beaux-arts du Canada (Ottawa) du 28 octobre 2016 au 19 mars 2017]

Référence des sources : Josef Sudek, le triomphe de la lumière 

Livres à paraître :
Hors série de Connaissance des Arts « Le monde à ma fenêtre » (en français – 2 juin 2016 ) « Josef Sudek » auteur : Ann Thomas. Éditions des 5 continents. (en français – 9 juin 2016 ) «The intimate World of Josef Sudek» Auteurs : Ian Jeffrey -Vladimir Birgus -Ann – Thomas-Jan Micoch -Christophe Mischi -Vojtech Lahoda. Éditions des 5 continents. (en anglais – 6 septembre 2016 )




 

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